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Cette
nuit-là, Nicolas de Coursic, jeune
homme de 24 ans, fêtaient
gaiement avec ses amis sa nomination de capitaine de vaisseau à
l'auberge de la Licorne. Et l'on pouvait juger par leur état que le
dîner avait été bien arrosé.
Appartenant à l'une des plus nobles familles malouines, Nicolas
était devenu par tradition un marin à qui l'on prévoyait
une bril-
lante carrière.
Le souper terminé, Nicolas reprit le chemin de l'hotel de Coursic
dans le jour naissant.
Pris d'une soudaine migraine, il s'arrêta devant une maison et avi-sa
un tonneau plein d'eau. Il y trempa son mouchoir et s'en asper-
gea le visage afin de se rafraîchir.
Lorsque soudain, une main plongea sa tête dans le récipient tandis
qu'une autre tentait de lui subtiliser sa bourse.
Le jeune homme réagit très vite et repoussa violemment son agres-
seur. Mais un second acolyte, l'épée au vent, se précipita
sur lui. Nicolas dégaina la sienne et riposta à son attaque.
L'engagement fut très bref. Habile escrimeur, notre héros fit
reculer son adversai-
re jusqu'au tonneau et le fit basculer dedans. Lorsqu' un troisième
larron fit son apparition sur le lieu du combat. Véritable colosse,
il se présenta à notre jeune marin sous le nom de François
Louba, dit le Libournais.
Néanmoins Nicolas ne désirait poursuivre plus longtemps l'entre-
tien et tenta de faire comprendre au Libournais que sa bourse
n'était guère remplie. Mais visiblement celui-ci, de nature
jovial et animé d'une pertinente insolence, semblait impatient à
vouloir se mesure à notre ami, pour l'amour de l'art.
Le jeune capitaine de vaisseau dut se résigner à accepter le
combat. Les deux lame se croisèrent. Et comme aucun des deux combattants
ne semblait fléchir, le combat devint d'une violence inouie.
Lorsque l'un attaquait, l'autre esquivait, et vice-verça.
Les deux adversaires commençaient à s'essoufler lorsque Louba
esquissa un large sourire ; son épée venait de transpercer la
poitri- ne de Nicolas. Mais par miracle, et au grand désarroi du brigand,
la lame s'était brisée contre la boucle de son baudrier.
Notre héros ramassa l'épée de son premier agresseur qui
gisait sur le pavé et la lança à son malchanceux adversaire
afin de poursuivre le combat. Et cette fois-ci, l'engagement tourna rapidemment
à l'avantage de notre héros car Louba, dépité
par sa malchance, ne semblait guère motiver à poursuivre. Vite
désarmé, humilié par le jeune homme, il semblait désormais
résigné à subir son sort. Persuadé de passer de
vie à trépas, il saisit la pointe de l'épée qui
le tenait en garde et la posa sur son cœur afin d'en finir rapidement. Admiratif
devant un tel courage, Nicolas préféra lui laisser la vie sauve.
Il remit son épée dans son fourreau et poursuivit son chemin.
Parvenu
enfin à destination, Nicolas semblait inquiet par le
silence qui régnait à l'intérieur de l'hôtel de
Coursic. De plus, aucun domestique ne s'était présenté
à la porte malgré les coups
de marteau répétés.
Sentant derrière lui une présence, il se retourna brusquement
et se trouva face à face avec Louba. Celui-ci tenait dans le creux
de sa main son médaillon qu'il avait précédemment perdu
durant le combat. D'un ton dédaigneux, Nicolas lui dit de le garder,
mais devant l'insistance du voleur à ne point vouloir le garder, il
le récupéra puis se dirigea vers la porte d'entrée.

A sa surprise,
celle-ci était ouverte. Il s'engagea dans le couloir et trébucha
sur un corps étendu. Malgré l'obscurité, il reconnut
l'un de ses domestique qu'il libéra de ses liens et de son bâillon.
Le malheureux s'empressa de lui crier que des inconnus étaient sur
le point d'enlever sa sœur Cécile.
Nicolas bondit aussitôt pour la secourir. En quelques enjambées,
il parvint jusqu'à la chambre et tenta d'ouvrir la porte fermée
de l'in-térieur. En vain. Alors que les appels de sa sœur lui parvenaient,
il s'obstinait à défoncer la porte à coup d'épaule.
Le verrou finit malgré tout par céder. Mais lorsqu'il pénétra
dans
la chambre où régnait un désordre indescriptible, c'était
pour cons-tater que la chambre était vide et que la fenêtre béante
indiquait que les ravisseurs étaient parvenus à leur fin.
Entre-temps, Louba qui trainait toujours devant l'hôtel, entendit un
carosse, escorté de quatre cavaliers, qui roulait vers sa direction
à grande allure. Lorsque ceux-ci se portèrent à sa hauteur,
il sauta sur celui qui se trouvait en tête et le désarçonna.
Surgissant à son tour, Nicolas laissa le Libournais se débrouiller
avec son adversaire et enfourcha la monture abandonné par son cavalier
pour galoper en direction du carrosse qu'il pensait, en raison de sa maigre
avance, pouvoir rattraper rapidemment. Mais
les cavaliers qui composaient l'escorte essayèrent de lui tendre un
piège. Heureusement l'intervention inopinée de Louba lui permit
de poursuivre sa chevauchée et d'atteindre enfin le carrosse.
Le cocher tenta bien que mal de l'empêcher d'immobiliser l'attela-ge,
mais en vain. Nicolas se saisit des rênes puis se débarrassa
du cocher qui fit une chute mortelle.
A peine le pied mit à terre, l'of-ficier se précipita en direction
de l'inconnu masqué qui venait d'ouvrir la portière du carrosse.
Les deux hommes roulèrent sur le sol et se livrèrent à
un virulent pugilat. Alors que Cécile, suivait avec anxiété
l'affrontement.
Le masque de l'inconnu glissa soudain et notre héros fut surpris de
reconnaître l'un de ses amis, en l'occurrence Alain Le Quellec, l'un
des nombreux prétendants de Cécile. Probablement éconduit,
celui-ci avait formenté l'enlèvement et désirait l'épouser
par la force. Nicolas desserra son étreinte et fixait son adversaire,
les yeux injec-tés de sang. Puis saisissant le pleutre d'une main,
il lui expédia un formidable coup de poing en pleine figure. Rusé,
Le Quellec s'é-croula en paraissant plus touché qu'il ne l'était
en réalité. Sans méfiance, Nicolas s'avança à
sa rencontre mais le ravisseur lui donna un violent coup de botte au bas-ventre
pour se refugier en-suite sous les roue du carrosse. Et alors que Cécile
se précipitait
sur son frère pour s'enquérir de sa santé, le félon
ramassa le pistolet du cocher qui trainait dans l'herbe et visa notre héros.
Instinctivement, Cécile fit rempart devant lui et reçut le projectile
destiné à son frère. Le coup de feu provoqua l'affolement
des che-vaux qui se cabrèrent, entrainant le carrosse dont les roues
écra- sèrent Alain Le Quellec.
Alors que Nicolas serrait dans ses bras le corps sans vie de sa sœur, assassiné
lâchement par son ravisseur.
Toute la
maison de Coursic se trouvait plongé dans la douleur.
Au pied du lit mortuaire, Nicolas se tenait immobile, s'efforçant de
contenir son chagrin et visiblement incapable de réaliser la tragé-die
qu'il l'avait frappé.
Des bruits de pas l'arrachèrent à sa douleur ; le prévôt,
escorté par des hommes d'armes, venait l'arrêter pour le faire
comparaître de-vant le Gouverneur de St-Malo ; M. Le Quellec.
Sans se faire trop d'illusions sur l'impartialité du gouverneur, notre
ami se résigna à suivre le prévôt.
Encore troublé par la mort de son fils, M. Le Quellec accusa le jeu-ne
officier d'avoit causé la mort d'Alain, ainsi que celle de sa sœur.
Le vieil homme semblait persuadé que de Coursic était opposé
à l'union des deux familles. Notre héros tenta bien que mal
de le con-vaincre qu'il se trompait sur les sentiments de sa sœur envers son
fils.
Mais M. Le Quellec s'appuyait sur les accusations qu'avaient porté
le cocher avant de mourir. Et à cette époque, les paroles d'un
mour- rant ne pouvaient être récusées.
M. Le Quellec fit entrer les gardes et ordonna que Nicolas de Cour-sic soit
conduit à la Tour où, enfermé dans un cachot, il y attendra
le jour de son jugement et de son exécution.
