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Après
la capture du navire espagnol, Nicolas avait demandé à son
équipage de rebaptiser le bâtiment. Après de longues palabres,
le
navire la "Giralda" devint la "Sémillante", et se trouvait ancré
dans la rade de l'île de la Tortue, possession française, placé
sous
l'autorité du gouverneur d'Orégon.
Contre l'avis de Louba, Nicolas avait décidé d'y faire escale.
Le Libournais tenta toutefois de le mettre en garde car en s'em-
parant du navire espagnol, ils avaient commis un acte de piraterie
puisque la France et l'Espagne n'étaient pas en guerre.
Et le jeune officier risquait de se retouver enfermé dans une géôle.
Nicolas ne voulut rien entendre.
Et les choses se déroulèrent comme le Libournais le redoutait.
A peine eut-il mis le pied à terre, Nicolas se retrouva dans la salle
de justice du palais du gouverneur, les mains entravées et encadré
par deux soldats.
Assisté de deux officiers, le gouverneur lut à haute voix le
texte
relatant les faits qui lui étaient reprochés ainsi que la sentence
; notre ami fut condamné à 20 ans de travaux forcés.
Puis cette lecture terminée, il ordonna aux deux soldats de détacher
le prisonnier. Bien qu'ayant retrouvé la liberté de ses mouvements,
Nicolas ne comprenait pas le changement d'attitude de son juge.
Mais très vite on le mit au courant des habitudes de l'île.
Le procès n'était en réalité qu'une comédie
afin de permettre l'en-
voie d'une copie du jugement à Versailles. Car en réalité,
il était préférable d'avoir à portée de
main des hommes courageux tel que Nicolas pour défendre les colonies
françaises en cas de conflit.
Jugeant que la "Sémillante" avait besoin de plusieurs réparations
et aménagements indispensables, Nicolas décida de garder l'ancre
quelques semaines devant l'île de la Tortue.
Donnant par la même occasion quartier libre à ses hommes.
Mais les événements allaient très vite se précipiter.
Nicolas
et plusieurs capitaines de navire furent convoqués au palais du gouverneur
pour être informés de la déclaration de
guerre entre la France et l'Espagne.
Et notre ami reçut en main propre l'accréditation qui l'autorisait
à courir sus aux navires espagnols.
Nicolas de Coursic était dorénavant un corsaire.
Et comme il estimait devoir augmenter l'effectif de son équipage, il
confia donc le recrutement des nouveaux matelots à Louba.
Avant le départ des navires corsaires, le gouverneur avait organisé
une fête d'adieu.
Alors que la fête battait son plein, des cris de femme retentirent parmi
l'élégante assemblée.
Plusieurs hommes au visage couturé de cicatrices, le torse nu et les
pieds nus apparurent à chaque fenêtre.
Un homme barbu se détacha du groupe et promena sur la foule figée
un regard d'insolence. Profitant de la stupéfaction générale,
il sauta lestement dans la salle et salua le gouverneur.
Un chuchotement se fit entendre parmi les convives ;
l'Olonais !

Celui-ci
reprocha au gouverneur de ne point lui avoir donné de commision pour
prendre la course.
Bien qu'intimidé, d'Orégon lui rétorqua qu'il était
prêt à lui obte-
nir la grâce du roi s'il cessait tous pillages et cruautés.
L'Olonais parvint à contenir sa colère. C'est alors qu'il ordonna
au gouverneur de lui remettre la "Sémillante".
Une voix s'éleva de suite parmi l'assemblée ; en l'absence de
Nicolas, qui n'avait voulu se rendre au bal, Louba devait intervenir en tant
que second de la "Sémillante" que convoitait l'Olonais.
Le pirate s'avança en direction de Louba, tendit ses deux mains et,
tel un lutteur, l'invitait à combattre.
Le Libournais ne se fit pas prier. De valeur égale, les hommes luttaient
en silence, chacun essayant de faire plier l'autre.
Puis brusquement, Louba faiblit ; le flibustier imposant ainsi sa loi. Lorsque
Louba posa un genou à terre, l'Olonais lui envoya un coup de genou
dans son visage.
Louba roula sur le sol, et resta inanimé.
Afin de fêter sa victoire, l'Olonais incita ses hommes à choisir
par-
tenaire et à prendre place sur la piste de danse.
Sous le regard du gouverneur d'Orégon, visiblement dépassé
par les événements qui se déroulaient sous son toit..
n n n
Plus
tard dans la nuit, une barque lourdement chargée se dirigeait vers
la "Sémillante".
A son bord se trouvaient Nicolas, Louba et quelques compagnons.
Lorsque l'embarcation accosta, Nicolas remarqua plusieurs cha-
loupes rangées au flanc du navire.
Une intense effervescence régnait sur le pont. Des hommes qui n'appartenaient
pas à l'équipage de Nicolas descendaient dans les cales vivres
et munitions.
Notre ami serra les poings. Sans hésiter, il se dirigea vers sa cabine
où il était certain d'y trouver l'Olonais, en compagnie de son
second Ted.
Faisant mine d'ignorer la présence de Nicolas, le flibustier était
plongé dans l'étude d'une carte. Nicolas lui ordonna de quitter
immédiatement son bord.
Mais l'Olonais qui revendiquait aussi la possession de la "Sémil-
lante", fit référence à l'une des lois de la flibuste
; tu veux alors tu prends !
Nullement découragé, Nicolas invita alors le pirate à
en découdre sur le pont suivant les règles de l'art.
Le flibustier dédaigna l'invitation dont il n'était point certain
d'en sortir vainqueur. Et proposa plutôt un duel sans règle,
se saisir d'un pistolet sur la table. Au plus rapide des deux de s'en emparer
avant l'autre.
Bien que persuadé d'avoir le dessus, Nicolas refusa, cela allait con-
tre son honneur d'officier.
L'Olonais recula alors d'un pas et fixa notre ami ; impressionné par
autant d' audace, il semblait avoir pour lui une certaine sympa-
thie. Il lui fit alors une secondre offre ; il l'autorisait à s'embarquer
avec eux afin et lorsqu'il se sentirait d'humeur, il pourrait à tout
moment tenter sa chance afin de reconquérir son navire.
La proposition semblait honnête. Et ce furent ainsi que Nicolas et ses
compagnons se retrouvèrent embarqués dans un voyage dont ils
ignoraient encore l'exacte destination.

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