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Les
vents contraires ayant retenu leur radeau au large, Nicolas et
Louba, après plusieurs jours de navigation, les vivres épuisées,
et à
bout de forces, s'en était remis à la providence.
Aussi étaient-ils insconcients lorsque leur embarcation de fortune
vint s'échouer sur la plage d'une île.
Une silhouette qui surveillait le large avait vu le radeau poussé sur
la plage par les vagues. Elle s'empressa de quitter son poste.
Puis peu de temps après, une carriole arriva sur le lieu du naufrage
et deux hommes hissèrent Nicolas et Louba, toujours sans connais-
sances.
Deux
jours plus tard, les soins prodigués par le médecin du camp
avaient remis sur pied nos deux amis.
Ainsi apprirent-ils qu'ils avaient été recueillis dans l'un
des chan-
tiers de M. de Marsan, le propriétaire de la plus grande partie de
l'île dont il exploitait la forêt.
D'ailleurs celui-ci ne tarda pas à s'enquérir très vite
de leur santé. Nicolas lui demanda comment son ami et lui pourraient
doréna-
vant d'acquitter de leur dette. En travaillant pour lui, rétorqua
simplement celui-ci promptement, car la main-d'œuvre semblait
singulièrement manquer.
Nos deux compagnons se regardèrent avec étonnement.
Nicolas trouva le personnage curieux et cette entrevue lui laissait
une impression bizarre...
n n n
Le
lendemain, ils se trouvaient tous deux sur le chantier.
M. de Marsan désirait creuser un canal qui, partant des sources,
alimenterait son campement en eau potable.
Le soir même, harrassés par une journée éprouvante,
nos deux nau-
fragés s'apprétaient à prendre du repos, lorsqu'ils assistèrent
à une
scène révoltante. L'un des ouvriers, titubant de faiblesse et
attelé à
un chariot, fit une chute. Aussitôt le contre-maître le cingla
d'un
coup de fouet.
Nicolas intervint en lui arrachant son fouet des mains. Mais qu'elle
ne fut pas sa stupéfaction de voir la victime prendre la défense
de son tortionnaire.
Cet incident attira aussitôt la curiosité de M. de Marsan. Nicolas
fut indigné par sa réaction ; visiblement, celui-ci n'en avait
que
faire des manières de son contre-maître, et au contraire, il
les approuvait.
Pris toutefois de sympathie pour notre ami, Marsan l'invita à dîner
sous son bungalow.

Mais
durant le repas, Nicolas parvint à percer la véritable person-
nalité de son hôte ; celui-ci n'était obnubilé
que par le rendement
de ses ouvriers, au mépris de toute considération humaine.
Marsan tentait bien que mal de convaincre le jeune officier d'adhé-
rer à sa cause lorsque retentit un coup de feu.
Le contre-maître venait de surgir dans la nuit, essouflé. Intrigué,
Nicolas s'était levé et avait pu entendre son hôte discuter
à voix
basse avec le nouveau venu.
Lorsque celui-ci revint, il paraissait soucieux.
Visiblement la situation n'était pas aussi calme que Marsan dési-
rait le faire paraître. Ainsi révéla-t-il à notre
ami que la charrette
transportant la paie des ouvriers venait d'être de nouveau attaquée
par des boucaniers et des indiens qui occupaient l'autre côté
de l'île.
Nicolas se proposa de tenter l'aventure, en compagnie de Louba.
Marsan, n'en attendant pas moins, accepta son offre.
n n n
Ainsi
le lendemain, nos deux héros, juchés sur la charrette conte-
nant le nouveau coffre, se dirigeaint-ils la destination indiquée
par Marsan.
Or Louba ne semblait guère enthousisamé par ce voyage. En effet,
il ne dissimulait pas à son ami son antipathie envers Marsan et il
lui reprocha de s'être porté volontaire pour convoyer son argent.
Mais Nicolas le rassura de suite car en réalité il avait une
idée
derrière la tête. En effet, il était persuadé que
Marsan ne lui racon-
tait pas toute la vérité.
Soudain, à l'entrée du défilé, un coup de feu
claqua. Et la balle
siffla aux oreilles de l'officier qui immobilisa l'attelage.
Les deux amis sautèrent à terre et se refugièrent dans
les fourrés.
Au bout d'un long moment, deux gaillards pittoresques vêtus de
loque et armé d'un fusil s'avancèrent avec prudence en direction
de la charrette.
Leur arme en bandoulière afin de garder l'aisance de leurs mouve-
ments, ils s'apprétaient à prendre possession de l'attelage
lorsque
surgissant de leur abri, Nicolas et Louba bondirent sur eux. Les deux boucaniers
furent vite capturés et réduits à l'impuissance.
Croyant avoir affaire à des voleurs, Nicolas voulut les remettre
entre les mains de Marsan. Ceux-ci se défendirent d'être des
bri-
gands. Et en quelques mots, ils révélèrent le vrai visage
de Marsan ; un homme sans scrupule et assoiffé de pouvoir.
Ainsi Nicolas et Louba apprirent-ils que l'argent contenu dans le
coffre était destiné en réalité à pouvoir
acheter et armer un navire de guerre.
La nuit était tombée lorsque Nicolas et le Libournais revinrent
au
campement de Marsan. Celui-ci, impatient de connaître le résultat
de sa mission, l'accueillit à bras ouvert. Mais il déchanta
très vite lorsque Nicolas lui révéla qu'ils n'avaient
pas mené leur mission à son terme. Et qu'ils prenaient fait
et cause pour les boucaniers.
Marsan tenta alors de le raisonner en lui proposant de le prendre comme associé.
Peine perdue, le jeune officier dédaigna sa proposition et s'appré-
tait à quitter le camp ; il ne désirait plus se trouver mêler
au centre d'un combat qui n'était pas le sien.
Mais rattrapé par Louba, il changea rapidemment d'avis lorsque le Libournais
le mena près d'une potence à laqelle se balançait un
pendu. Sidérés, Nicolas et Louba décidèrent d'agir.
Dans le courant de la nuit, ils avaient changé de camp.
Celui des boucaniers se trouvait installé dans le creux des rochers,
dans la partie ouest de l'île.
n n n
Leurs
nouveaux amis étaient des hommes simples, pauvres mais
gais. Ils furent vite adoptés. On leur réserva une couche de
feuilles
de bananier et on les invita à prendre un repas autour du feu.
Les palabres allaient bon train quand apparurent deux indiens, des
amis, qui venaient leur remettre un message ; un navire du genre
corsaire mouillait dans la baie.
Les boucaniers firent la relation avec Marsan ; celui-ci voulait l'île
pour lui tout seul. Nicolas désira de suite se rendre compte.
Après une marché exténuante à travers la forêt,
ils parvinrent au
sommet d'une dune qui dominait la mer.
A l'amarre, au-delà du lagon, "la Giralda", c'était le nom du
navire, semblait plongé dans la torpeur de la sieste.
La plupart des marins étaient descendus à terre et dormait sous
les arbres.
Nicolas fut étonné de la présence en ce lieu du navire
espagnol.
Puis très vite il comprit le jeu de Marsan ; prétextant que
les
français s'apprétaient à envahir son domaine, celui-ci
avait fait
alerter les autorités espagnoles.
Nicolas voulut alors revoir Marsan et tenter de le convaincre de
renoncer à son projet.
Les deux hommes se rencontrèrent dans un lieu neutre. Bien que Nicolas
l'avait trahi, on sentait dans le propos de Marsan une cer-
taine sympathie à son égard.
Ce fut alors que le drame arriva ; alors que les deux hommes con-
versaient, un indien, dissimulé dans les dans feuillages, décocha
une flèche qui vint se planter dans le dos de Marsan.
Mortellement touché, celui-ci expira dans les bras de Nicolas qui
n'avait pas envisagé cette triste fin.
La mort de Marsan rendait toutefois difficile la position de Nicolas
et de ses amis car les espagnols allaient sans nul doute leur attri-
buer la mort du maître de l'île.
Et la poignée de boucaniers ne pourraient résister longtemps
à une telle force militaite.
C'est alors que notre héros décida de tenter un coup d'audace.
Il entraîna Louba et les boucaniers dans une rébellion qui leur
permit, par la ruse, de prendre pied sur la "Giralda " au moment
où le navire était presque désert.
Et sous les yeux des espagnols demeurés à terre, le navire,
toutes voiles dehors, gagnait la haute mer, laissant dans son sillage l'île
maudite.
